Pourquoi les défenseurs des animaux sont-ils si agressifs ?



Pourquoi l'image associée aux protecteurs des animaux n'est-elle jamais flatteuse ?

Ca va de la vieille fille aigrie vivant parmi ses chats au jeune activiste violent libérant des singes d'un laboratoire lors d'opérations brutales. Nous avons le choix entre paraitre ridicules ou paraitre dangereux, alors que l'immense majorité des protecteurs sont des gens ordinaires qui se penchent sur la misère animale comme ils auraient pu se pencher sur n'importe quelle autre misère parce qu'ils ne supportent pas de voir un être vivant abandonné à son triste sort.

Pourquoi les animaux plutôt que les humains ? Pourquoi pas ? Pourquoi les enfants du tiers-monde ? Pourquoi les personnes âgées isolées ? Pourquoi les femmes exploitées ? Pourquoi les travailleurs-esclaves ? Pourquoi les migrants expulsés ? Pourquoi les sans-abri ?

Nous choisissons de nous battre pour une cause en fonction de notre sensibilité, souvent à cause d'une rencontre qui nous a bouleversés avec un être qui avait besoin d'aide.
Il arrive que la cause dans laquelle on décide de s'investir soit plus personnelle comme de soutenir un proche en détresse. La misère est partout, toutes les actions sont utiles.

A mon avis, ce qui est grave n'est pas de choisir une cause plutôt qu'une autre, il y a [malheureusement] du travail pour tous, non, ce qui serait grave serait de n'en choisir aucune, de ne rien faire, jamais, pour personne d'autre que soi-même.

Vous allez me dire que ce choix d'aider les animaux n'explique pas pourquoi tant de protecteurs animaliers sont si souvent agressifs, peu enclins au dialogue ou à la tolérance, plus prompts à juger qu'à expliquer...
Je pourrais vous répondre que c'est parce que nous savons que, si la misère humaine a des causes multiples et des responsables difficiles à identifier, la misère animale n'a qu'une seule et unique source : l'irresponsabilité des comportements humains et des coupables très facilement identifiables puisqu'ils se retrouvent bien souvent en face de nous.
Pas facile, en effet, de savoir qui est responsable de l'intolérable solitude d'une vieille dame démunie et contre qui diriger sa colère.
Facile au contraire de comprendre que le responsable de la détresse d'un chien est celui qui vient l'abandonner au refuge pour des raisons futiles et qui vous fait face.

Je ne justifie pas la colère, je l'explique.
Je prône la pédagogie et je la pratique tout au long de ce blog, j'accorde la plupart du temps le bénéfice du doute à mes semblables parce que je crois sincèrement qu'il y a plus d'ignorants que de sales cons, mais... Face à l'évident égoïsme, à la bêtise crasse, à la malhonnêteté intellectuelle, aux arguments dégoulinants de mauvaise foi entendus 1000 fois, je le reconnais, je ne peux pas toujours garder mon calme.
Alors je sais, c'est contre-productif et ça ne tombe pas forcément sur celui qui le méritait le plus, mais c'est humain et il me semblerait juste que ceux qui estiment mériter de la tolérance envers leurs fautes commencent par être tolérants envers les miennes.

Comprenons-nous bien, vous ne m'entendrez jamais me plaindre pour des nuits écourtées passées au chevet d'un animal malade, pour les kilomètres parcourus en allant chez les vétérinaires, pour l'argent dépensé, pour les heures perdues à tenter d'attraper un chat blessé, pour le stress, la fatigue, les griffures, les morsures, pour le bazar dans ma maison, ...
C'est mon choix de m'occuper de ces animaux sans foyer, je ne mérite ni respect particulier ni compassion pour mon action.
Celui qui abandonne son animal ou fait reproduire sa femelle et distribue des dizaines de bébés a également fait un choix et ne mérite ni respect ni compassion.
Nous ne nous comprendrons pas, nos visions du monde sont diamétralement opposées. Je continuerai à vous mépriser en retenant difficilement ma colère et vous continuerez à croire que vous avez de bonnes raisons de faire passer vos intérêts avant tout.

En fait, le seul qui n'a rien choisi, le seul qui devrait bénéficier de notre pitié, la seule victime, c'est l'animal.
Largué parce qu'il griffe le canapé, parce qu'il a pissé dans vos chaussures, parce que vous déménagez, parce que votre nouvelle compagne ne l'aime pas, parce qu'il est malheureux et à le mauvais goût de le faire savoir, parce que vous n'en pouvez plus des poils sur vos vêtements ou de l'odeur de sa litière, parce qu'un chat, c'est bien connu, ça se débrouille très bien tout seul...

Cet animal quand on l'aura ramassé démoli, quand je tenterai maladroitement de panser les plaies de son corps et de son âme, quand j'aurais échoué dans le combat pour sauver sa vie et que j'aurai dû l'aider à mourir, il ne faudra pas attendre de moi compréhension et délicatesse, il ne faudra pas venir m'expliquer que vous n'avez pas eu le choix, que vous n'êtes pas coupable.

Oui, je serai agressive et violente, non je ne vous trouverai pas de circonstances atténuantes, parce que cet animal qui s'éteindra doucement dans mes bras pendant qu'un vétérinaire compatissant met fin à ses souffrances, c'était le vôtre.

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Commentaires (1)

catherine
  • 1. catherine | 21/09/2015
bonjour, je viens de relire cet article, et tout est dit. Je me suis vu reprocher d'avoir jugée "pas gentille" une dame qui a enfermé des chatons (5, de deux mois) dans une cage à lapin domestique (ou hamster, je ne sais pas), pour ne pas qu'ils courent partout. Je précise que je ne lui ai rien dit d'agressif et d'impoli, (je ne l'ai eue qu'au téléphone, et je n'avais pas vu la cage). On lui a expliqué qu'il fallait les la^cher dans une pièce, qu'on ne pouvait pas les garder ainsi enfermés, peine perdue. Mais une bénévole trouve qu'elle est gentille, car elle aurait pu les mettre dehors (non, elle ne pouvait pas, était surveillée par les services sociaux qui nous ont alertées), et qu'il fallait être pédagogue etc. Et donc que je suis une méchante (même si encore une fois je n'ai parlé de maltraitance qu'à la personne qui est allée les récupérer, c'était encore trop) donc j'ai eu besoin de relire votre article, et vous avez cent fois raison!
voir les petits courir chez moi comme des fous quand je les ai récupérés m'a confortée dans ce que je pense, non , cette femme n'est pas "gentille" , et marre de ce politiquement correct qui veut qu'on ne dise pas à un sale con qu'il est un sale con, tout en tentant de réparer les dégâts qu'il a causés!
très cordialement

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