Pourquoi rejeter l'élevage ?

Je suis opposée à l'élevage, tous les élevages, quelle que soit l'espèce élevée et quelles que soient les conditions de vie des animaux élevés.

Tout le monde comprend aisément pourquoi je rejette l'élevage concentrationnaire d'animaux qu'on tuera pour les consommer après une courte et ignoble existence, mais la plupart de mes interlocuteurs ne comprennent pas pourquoi je rejette également la petite dame qui élève amoureusement quelques chats de race dans sa jolie maison. Je vais tenter de vous exposer ma position en quelques points.

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Soyons clairs, les élevages "familiaux" ne sont que la partie émergée de l'iceberg, une infime portion de la production d'animaux domestiques en France, une sorte de jolie vitrine absolument pas représentative de l'ensemble de la profession en nombre d'animaux produits.
Donc, la petite dame qui élève amoureusement ses chats n'en est pas responsable, mais elle donne une image idyllique et trompeuse de l'élevage qui permet à des gens moins scrupuleux de continuer leur business en leurrant le consommateur qui ne demande qu'à croire cette image d'Epinal qui l'arrange bien.
C'est un peu comme de soutenir la production de foie gras parce qu'il y a quelques élevages comme ça :
L'Elevage des Oies
(source image : www.parisce.com)

Alors qu'en France, 75% du foie gras vient de là : 

(source image : www.l214.com)

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On nous dit sans arrêt qu'il y a très peu d'animaux à pedigree parmi les animaux abandonnés et c'est vrai mais... Le nombre d'animaux inscrits à un livre généalogique ne représente de toute manière qu'une infime proportion de l'ensemble des chats et chiens de nos foyers donc, forcément, le nombre d'abandons est lui aussi infime.
Par contre, les animaux typés sont eux nombreux à être abandonnés or, ces animaux ne sont pas typés par l'opération du Saint Esprit, ils ont les caractéristiques d'une race parce que leurs ascendants appartenaient à cette race et que les propriétaires desdits ascendants les ont fait reproduire sans déclarer les portées (pour pouvoir les vendre au noir) ou en leur choisissant des partenaires sans race, ce qui interdit l'inscription des bébés à un livre généalogique.
Bref, un animal typé a forcément un ascendant né dans un élevage et tant que les éleveurs vendront leurs animaux non stérilisés, les descendants de ces animaux alimenteront un trafic juteux.
Pourquoi les éleveurs ne stérilisent-ils pas tous les animaux qu'ils vendent à des particuliers ? J'ose un "pour l'argent" ?
Un exemple ? Ce beau loulou là, on parie qu'il a du Berger Allemand dans sa lignée ?
(Du "type berger allemand" ou "croisé berger allemand", si t'en veux, y'en a 5 pages sur Seconde Chance !)
Cyrano
(source image : www.secondechance.org  pour l'association SOS Toutous Normandie)

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L'élevage industriel, les usines à chiots et à chatons, tout le monde est d'accord, c'est "le Mal" ! Et, OK, c'est peut-être injuste de dire que c'est la présence d'un élevage artisanal qui permet de laver plus blanc l'image de l'élevage industriel.
Par contre, c'est bel et bien l'élevage artisanal qui fixe les standards des races sur lesquels l'élevage industriel s'aligne. Certaines personnes imaginent que le "standard", c'est juste une liste de critères un peu ridicules exigeant d'un animal de race telle couleur de pelage, telle taille ou poids maximum, telle forme d'yeux, telle longueur de queue, etc...
Or, le standard, en exigeant des caractéristiques plastiques non naturelles, ne tient souvent aucun compte de leurs effets sur la santé des individus que l'on fait naitre. Le standard a conduit à des dérives mortifères produisant des individus à peine viables et porteurs de pathologies parfois létales, le standard a poussé à produire volontairement des individus lourdement handicapés.
Les chiens sont, à ce titre plus martyrisés que les chats, mais c'est uniquement parce qu'ils sont sélectionnés depuis plus longtemps. Je conseille à tous le visionnage de ce documentaire : "Chiens de race - Maîtres fous"

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Si on ajoute à cette recherche délirante de critères poussée trop loin les problèmes de consanguinité découlant immanquablement de la surproduction permettant de répondre à la demande des consommateurs, on arrive à certaines races dont un nombre impressionnant d'individus présentent des pathologies graves. Par exemple, acheter aujourd'hui un chien Cavalier King Charles ou un un chat Maine Coon c'est vraiment prendre un risque.

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Ma conviction personnelle est que rien ne nous autorise à posséder un autre être vivant, cependant, je pense aussi que nous pouvons parfaitement tisser des liens avec des individus appartenant à d'autres espèces. Que l'on s'attache à un animal est dans notre nature, qu'on ne le fasse que s'il correspond à des critères précis me sidère.
De quel droit fabriquons-nous des êtres vivants pour qu'ils soient conformes à nos souhaits ou à nos envies ?
L'élevage renforce sournoisement l'idée biblique que l'animal sert l'humain et lui est inféodé. Tout le monde (ou presque) s'accorde à trouver choquant la sélection génétique appliquée à l'espèce humaine mais elle serait légitime pour les autres espèces ?

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En l'absence d'élevages de chiens et de chats de races, certains acheteurs renonceraient à vivre avec un animal mais l'écrasante majorité choisirait d'adopter un bâtard ou un chat de gouttière.
Quand bien même ces acheteurs ne représenteraient que 5 à 10% des adoptants, ce serait déjà bien.

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L'élevage sérieux est sans nul doute affaire de passion car un éleveur qui fait du bon travail en tire rarement un bénéfice financier. En effet, pour gagner de l'argent avec un commerce d'êtres vivants, il faut les traiter comme des objets. Mais la passion n'a rien à voir avec l'amour ou le respect.

Vendriez-vous le chien ou le chat que vous aimez ? La majorité des éleveurs vendent pourtant leurs retraités. Ils les vendent parce que, dans un élevage correct, un animal est mis à la retraite encore jeune et qu'un éleveur qui a déjà bien du mal à dégager un chiffre d'affaires ne peut pas se permettre de garder des animaux qui seront uniquement une charge financière. Isoleriez-vous votre matou dans une chatterie plutôt que de le castrer ? Non bien sur, mais un éleveur est bien obligé d'isoler mâles et femelles s'il ne veut pas de reproduction anarchique. En général, c'est le mâle qui est éloigné parce que c'est lui qui pue !
Enfin, si vous avez déjà visité à une expo féline ou canine, vous comprenez pourquoi il semble très curieux d'imposer ça à son animal.
Bref, de la passion, certes, mais de l'amour ?

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Pour conclure, il y a des éleveurs qui traitent correctement leurs animaux et des ordures qui les exploitent, c'est un fait, mais cela n'entre pas en ligne de compte dans ma réflexion, je rejette l'élevage parce qu'il maintient et renforce l'idée que l'homme se place au-dessus des autres espèces sur lesquelles il aurait des droits et qu'il peut modeler à sa convenance plutôt que s'y adapter.
C'est cette croyance qui est à l'origine de tous les abus de l'humain sur ses cousins.

Nota : Je choisis mes amis humains en fonction de la richesse de nos échanges et je me moque bien de leurs origines ethniques, ou de la couleur de peau et de leurs yeux, ou de leur taille, ou de la longueur de leurs cheveux (je sais, je plaisante, mais à peine) ça reste donc un mystère pour moi que l'on ait tant d'exigences dans le choix d'un ami félin ou canin.

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Nota : épargnez-moi l'éternel débat sur les bons éleveurs-mauvais éleveurs.
Parce qu'au fond, la question n'est pas de savoir si les éleveurs sont de braves gens passionnés ou des pourris qui font du fric.
En France, il se vend chaque année environ 200 000 chiens et 300 000 chats inscrits à des livres généalogiques.
Sans l'élevage, c'est donc 500 000 animaux sans race qui auraient pu être adoptés à la place de ces animaux que l'on a fait naitre volontairement.

Vous allez me sortir l'argument "Oui, mais les gens qui achètent des animaux de race n'auraient pas pris d'animaux sans pedigree"
Vous le croyez vraiment ça ? Je n'en connais pas moi des gens qui affirment qu'ils prendront un animal de race sinon rien, par contre je connais pas mal de gens qui ont à la fois racés et sans race.

Mais, juste pour ne pas être accusée de mauvaise foi, supposons que 50% des acheteurs n'iront jamais adopter un animal sans pedigree, même s'il ne reste que des bâtards et des gouttières, ça nous laisserait encore 250 000 places disponibles.

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