Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé

"Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé." dit le Renard au Petit Prince.

L'adoption, c'est ça : un engagement, une responsabilité qu'on décide de prendre envers un être vivant sensible pour la durée entière de son existence.

En fait, l'arrivée d'un animal dans le foyer devrait être envisagée de la même manière que l'on envisage l'arrivée d'un enfant : avec enthousiasme et bonheur mais aussi après une réflexion profonde sur notre capacité à l'accueillir dignement et à lui offrir l'environnement dont il aura besoin pour être heureux.

Quand on abandonne son animal, volontairement ou pas, à une autre personne ou à un refuge, quel que soit son âge, on lui cause un traumatisme que certains ne surmontent jamais.
Quand on ignore son chat au prétexte qu'il est indépendant, qu'on laisse en permanence son chien dans le jardin sans jamais le promener, qu'on fait vivre son poisson dans un aquarium aux vitres opaques de crasse, qu'on contraint son canari à s'époumoner dans une cage minuscule, c'est de la négligence, de la maltraitance même.

S'occuper d'un animal, quel qu'il soit, demande du temps et coûte de l'argent pour des durées qui varient de 2 ans pour une souris à 50 ans pour un perroquet gris du Gabon en passant par 15 à 20 ans pour les chiens et chats.

Alors, pour les 15 années à venir, voilà à quoi vous engage l'adoption d'un animal :

  • Un animal n'a pas les mêmes besoins qu'un humain, il faudra donc prévoir déjà tout le nécessaire à son bien-être avant même son arrivée chez vous : cage, aquarium, laisse et collier, jouets, arbre à chat, caisse de transport, vivarium, couverture, gamelles, aménagements divers comme de retirer les plantes toxiques ou poser des moustiquaires aux fenêtres, etc... Cela veut dire qu'il faut être prêt à sacrifier la décoration de son domicile au profit de son compagnon.
  • Il ne partagera pas non plus vos menus, il faut donc lui fournir une alimentation adaptée à son espèce, à son âge, à son état, à son mode de vie, ça ne se devine pas, il faut apprendre. Sachez qu'ils sont comme nous : une alimentation pas chère et donc de mauvaise qualité ou inadaptée finira immanquablement par miner leur santé.
  • Il devra voir un vétérinaire au moins une fois par an pour vérifier son état de santé et le vacciner quand c'est nécessaire. Afin d'être sur de pouvoir le soigner, je vous conseille de demander dès maintenant les tarifs moyens pratiqués par les vétérinaires autour de chez vous. Combien coûte une consultation ? Une radio ? Une echographie ? Une analyse sanguine ? Une hospitalisation ? Des antibiotiques pour une semaine ? L'antipuce et le vermifuge ? Etc... Et, soit constituer une cagnotte, soit lui prendre une assurance. Je connais un tendre berger allemand dont la colonne vertébrale défaillante à déjà coûté plus de 3000 euros (et des torrents de larmes) en 3 ans à sa propriétaire.
  • En vieillissant, il aura, tout comme nous, besoin de plus de soins, de traitements particuliers, de visites de contrôles plus fréquentes. Peut-être devrez vous envisager de déménager car votre vieux dogue allemand ne peut plus descendre de votre 3ème étage sans ascenseur et qu'il est inconcevable que vous le portiez.
     
  • Soit il vous accompagnera en vacances et en week-end et dans ce cas il vous faudra n'aller que dans des endroits ou sa présence est tolérée, soit il ne vous accompagnera pas et il faut prévoir un mode de garde pour vos absences.
     
  • Si vous déménagez, décidez de vous expatrier, si vos horaires de travail changent, si vous attendez un enfant et lorsque l'enfant sera là, si vous emménagez avec quelqu'un, si vous vous séparez de quelqu'un, etc... Il faudra assurer le même confort et la même vie à votre animal.
     
  • Si vous êtes malade avec l'envie furieuse de rester au lit, si vous êtes épuisé par votre journée de travail, si vous êtes énervé par une dispute, s'il fait froid et que vous préfèreriez rester au chaud, il vous faudra pourtant vous occuper de votre animal.
     
  • Si jamais vous êtes hospitalisé en urgence, si vous êtes déjà âgé et risquez de ne pas pouvoir continuer à vous occuper de votre animal, voire même, de ne pas lui survivre, il vous faut prévoir son avenir car on a vu trop souvent des personnes décéder en laissant derrière elles un vieil animal tout à fait impossible à replacer du fait de son âge et qui finit par se laisser mourir en refuge.
     
  • Quand il apprendra parfois maladroitement à vivre avec vous, quand il fera des bêtises, quand il vomira sur votre joli tapis, quand il aura du mal à s'adapter à votre enfant, à votre nouveau compagnon de vie, à un autre animal que vous aurez adopté, quand il sera désagréable, désobéissant, râleur, exigeant, fugueur, bagarreur, c'est vous qui devrez faire l'effort de comprendre ce qu'il ne peut pas exprimer clairement. Peut-être devrez-vous mème payer un comportementaliste ou un éducateur ?

Cette liste n'est pas exhaustive et bien sur, c'est une liste de contraintes et de coûts financiers.

Je pourrais rédiger une autre liste, que tous les propriétaires d'animaux comblés compléteraient sans fin avec des remarques sur l'amour inconditionnel, la fidélité infaillible, la sérénité offerte, l'équilibre apporté, l'ouverture d'esprit et la tolérance apprise aux enfants et aux plus grands, la présence douce et chaleureuse, les exigences finalement dérisoires, etc...

Mais je n'ai rien à apprendre à ceux qui aiment leurs animaux et les traitent avec respect et bonté. Par contre, je vous conseille très amicalement de vous remémorer tout ce que je viens d'énoncer quand, sous l'impulsion du coup de foudre pour une petite bouille velue, vous serez tenté de vous dire "allez, on le prend, on verra bien..."
Parce que c'est tout vu et qu'on ne s'engage pas à la légère avec un être vivant, on ne peut pas le balancer un jour comme un objet devenu inutile ou s'en séparer parce qu'il demande du temps, des efforts, de l'argent.

En 15 à 20 ans d'existence, tout ce qui est dans ma liste risque fort de se produire, or, que votre vie change ou pas, le compagnon que vous aurez choisi devra en faire partie, il n'a pas le choix, vous seul l'avez, dès le départ de votre histoire, c'est vous qui décidez de lui faire partager votre vie.

Vivre avec un animal est une merveilleuse aventure, une des plus jolies, des plus enrichissantes qui soient.
Je n'ai regretté aucune adoption, y compris celles que je n'avais pas décidées pour des animaux en détresse que j'ai choisi d'aider.
Je ne persuaderai pas les égoïstes, les lâches, les irresponsables de s'abstenir mais si je peux aider une personne responsable dans sa réflexion sur un projet d'adoption, même une seule personne, cet article ne sera pas inutile.

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Commentaires (1)

blandine
  • 1. blandine | 11/07/2016

Bonjour,

C'est exact et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai sorti de dehors ma petite min' qui ne se laissait approcher que par moi.
Comment la laisser dehors alors que je la nourrissais et qu'une relation de confiance était née entre nous.
Aujourd'hui, elle s'entend très bien avec ma chienne et mon chat.
C'est de l'argent, des soucis, des contraintes mais mon plus grand souhait est de pouvoir les accompagner, les soigner, les câliner jusqu'à leur dernier souffle et je ne donnerais ma place à personne d'autre.
C'est un privilège d'avoir mes 3 vermines et ils me le rendent bien !

Merci pour tout ce que vous faites

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